Gov’t Mule

// Le Trianon - 9 juillet 2012

Infos concert

1ère partie : Kenny Wayne Shepherd

KENNY WAYNE SHEPHERD BAND attaque un set dans son style, fidèle à ses modèles de jeunesse. Les premières mesures font revivre Stevie Ray Vaughan. Le prodige blond a gagné en maturité et canalise sa hargne lorsqu’il se transcende dans des enchaînements virtuoses. Chris Layton, batteur rare à la frappe faussement nonchalante, est la caution historique, référence de DOUBLE TROUBLE puis d’ARC ANGELS. Noah Hunt au chant fait partie intégrante du groupe depuis 13 ans sans jouer les simples faire valoir, il sait s’imposer. Tony Franklin, « The Fretless Monster », est une légende des sessions studio, avec 150 contributions majeures à son actif.

Le KWS BAND est d’une efficacité totale au service du patron qui propulse un blues New Generation apparu à la fin des années 80. Une relève adoubée par les grands anciens au sein du Festival Crossroads et qui, arrivée à 35-40 ans cherche un rebond pour perdurer et laisser sa marque. Techniquement irréprochable, Kenny Wayne Shepherd fait un triomphe en reprenant « Voodoo Chile » dans la configuration de Stevie Ray Vaughan. Son exploration personnelle est renversante. Il trouve encore des niches d’innovation insoupçonnées dans un des sentiers les plus rebattus depuis JIMI HENDRIX.
Grand guitariste digne de rester au premier plan, il est à la recherche, comme tant d’autres (Joe Bonamassa, John Mayer, Derek Trucks…) de la compo géniale et de l’évolution de style qui permettront au Blues de traverser notre siècle.

Toujours au Trianon, plein à craquer quand GOV’T MULE s’installe…
Rapidement, la montée au plafond gagne les premières rangées de fans/musiciens, puis la salle entière et les deux balcons. La salle où l’on pouvait assister à des concerts de musique baroque, à des pièces classiques, à des œuvres lyriques se transforme en chaudron de la Nouvelle-Orléans, en authentique temple du Blues.
Dosage parfait de technique, de feeling et d’expérience, pour Warren Haynes. Il avance obstinément vers un climax qui s’empare de vous, annihile votre sens critique et vous entraîne dans des déhanchements lascifs. Les plus introvertis se contentent d’un dodelinement de tête qui en dit long.

Hypnotisé, mais pas trop, vous devinez qu’il y a un secret, plusieurs secrets. Le premier est que son jeu de main droite mériterait un mois de master class. Pouce tendu qui frappe où balaye légèrement les cordes. Index et majeur repliés puis tendus qui frappent ou balayent les cordes. 4ème, 5ème et 6ème doigt (?) planqués en réserve pour le picking. Le deuxième secret est que son jeu de main gauche est pour le moins étrange. Il prend ses marques, pose banalement les accords comme en répétition puis rentre dedans, fouille, cherche…et trouve. Le véritable secret, c’est que le massif Warren Haynes a une sensibilité Blues innée servie par un travail colossal.

Warren Haynes est le dernier détenteur de l’esprit des frères Allman. Rappelons aux plus jeunes que Greg et surtout Duane Allman jouaient une musique issue du Blues et de la Country qui s’affranchissait des règles établies. Ni Southern Rock, ni Blues Rock, Duane entraînait avec virtuosité son groupe vers des terres musicales nouvelles. A tel point que nos docteurs experts en Jazz de France Musique, capables de disserter des nuits entières sur un phrasé de Charlie Christian passaient « Jessica » en l’annonçant comme une « évolution du jazz américain » vers des envolées lyriques de guitares. Ce qui peut faire sourire avec le recul, mais confirme bien le caractère progressif de cette musique exaltante.
Eh bien, Warren Haynes a repris l’esprit et la forme progressive des ALLMAN BROTHERS des débuts. Ce qu’il propose est inclassable. Dans l’esprit convivial des concerts « Deep » et « Deepest End ». On comprend pourquoi Youtube recèle des centaines de contributions, duos, reprises. Warren Haynes vit sa musique sur scène, sans contrainte, et crée ou recrée en permanence. C’est un modèle.
Il semble que GOV’T MULE ait trouvé dans Jorgen Carlsson un bassiste capable de porter et supporter les envolées de Warren Haynes, qui s’amuse parfois des finesses et des constructions de sa section rythmique, dans l’esprit « Étonnez-moi, les gars ! ». Matt Abts est impeccable. Frappe claire, soutien monstrueux à la manière d’un John Bonham. Danny Louis, claviers et guitare, est un dynamiteur, un entertainer, qui prend son pied à écouter le son produit par le groupe… comme nous.

Grande et belle soirée, complétée par un duel, une joute amicale, entre Warren Haynes et Kenny Wayne Shepherd ainsi que son groupe rappelés sur scène. Ambiance rare. Echange de virtuosité jamais agressif, où personne ne s’imposera, où chacun saura démontrer sa générosité. Public extatique. Enfin Warren Haynes se lâche en riant, Kenny Wayne Shepherd le salue avec respect. Ils semblent étonnés de la réceptivité et de la chaleur du public. La marque des grands instrumentistes.

SET-LIST GOV’T MULE
• « Railroad Boy »
• « Rocking Horse »
• « Time to Confess »
• « Trane »
• « Eternity’s Breath »
• « St. Stephen Jam »
• « Captured »
• « Steppin’ Lightly »
• « Streamline Woman »
• « No Need To Suffer »
• « Need Your Love So Bad »
• « Blind Man In The Dark »
• « Mule »

Rappel :
• « Feel Like Breaking Up Somebody’s Home » (+ Kenny Wayne Shepherd, Tony Braunagel)
• « That’s What Love Will Make You Do » (+ Kenny Wayne Shepherd, Chris Layton, Richard Cousins, Tony Braunagel)
Rappel 2 :
• « 32/20 Blues » (+ Kenny Wayne Shepherd)

Source : Hard Force

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